Sunday, March 17, 2019

Le décalage




Alors que j'abordais la notion de décalage, j'ai évoqué les expressions faciales. Il est cependant un décalage autre qui a un impact puissant dans ma vie : le décalage dans le temps.

Je ne capte pas immédiatement ce que l'on me dit. Je me trouve dans l'obligation sociale de répondre de façon immédiate et parfois je confirme, en accord avec moi, ce qui vient d'être dit. D'autres fois, il m'est arrivé de dire le contraire de ma pensée, parce que l'émotion était trop forte pour que je réussisse à simplement exprimer ce que je ressentais : oui, c'est vrai, j'aimais mieux la première version de la salade. Mais c'était perturbant de constater qu'on m'avait entendue quand je l'avais exprimé. Ca chamboulait tant de choses à l'intérieur de moi que j'ai dit non, c'est bien comme ça. Pas le temps, pas la capacité d'analyser. J'ai compris bien trop tard. L'échange verbal était terminé depuis des heures ou des jours. Et c'est fréquent lorsque l'émotion est présente. Lorsque l'enjeu est bien autre chose que les faits évoqués. Lorsque se joue la reconnaissance de ce que j'ai à l'intérieur de moi. 

Il est heureux que je puisse m'éclater en proposant des interviews que j'ai la possibilité de préparer. Je tape une foule de questions et je sélectionne dans l'instant présent celle qui est la plus adaptée à ce que vient de répondre mon interlocuteur, en fonction de tout ce qu'il a exprimé. Je zappe simplement celles auxquelles il a répondu sans que je les pose. Je bondis sur celle qui pourra faire suite à son discours de façon à créer une cohérence, une suite intéressante. J'ai grand plaisir à cela et parfois j'improvise mes questions, de plus en plus, avec le temps. Et toutes les questions que je ne pose pas, tapées, là, dans l'ordinateur, qui apparaissent à l'écran, sont rassurantes pour moi. Elles me donnent le choix.

Je voudrais dire que je passe mon temps, lorsque je marche dehors notamment, à dire des choses que j'ai envie de dire à tel ou tel. Je m'entraîne. Je ressasse les mots, je les marie pour faire des phrases, je réfléchis aux associations d'idées qui pourraient être adéquates. Et souvent, je suis coite devant les personnes que je rencontre. Plus rien ne sort, parfois. Lorsque l'enjeu est fort, évidemment, la plupart du temps. 

J'ai longtemps voulu partager des échanges riches avec mes enfants comme je pouvais en avoir avec les participantes à mes formations. Je trouvais absurde de pouvoir vivre cela avec des inconnus et pas avec les enfants que je chérissais. J'ai progressivement pris confiance en moi et les choses se sont améliorées avec les plus jeunes de mes enfants. Pourtant, ils craignent les bruits que je fais : maman va-t-elle rire ou éclater en sanglots ? Car les bruits que je fais juste avant ces deux manifestations sont les mêmes. Ils me regardent, l'air inquiet : maman va-t-elle éclater en sanglots ? Ah ouf, elle rit. Indescriptible moment d'inquiétude filiale. J'ai souvent dû rassurer mes enfants parce que lorsque je réfléchis, je suis toute immobile. J'ai l'air extrêmement sérieuse et triste, triste à mourir. Mon corps est comme figé. Ils s'inquiètent. Protestent. Alors je leur dis que c'est comme ça lorsque je réfléchis et que je n'y peux rien. 

Je n'ai pas appris à  habiter mon corps, ou seulement par intermittence. Heureusement, la pensée compense. 

Saturday, March 16, 2019

Petits pas




J'ai fait de petits pas dans la compréhension de moi avec la lecture de plusieurs ouvrages sur l'autisme. J'ai ensuite eu la grande chance d'être entendue par quelques personnes proches de moi. D'échanger en live avec une amie diagnostiquée. D'être reconnue et confirmée par une autre amie qui m'a longtemps vue animer, dialoguer, bouger - ou plutôt pas - faire des blancs immenses après qu'on m'ait posé une question, avant de rassembler mes esprits et de répondre à la dite question, louvoyer dans mon expression orale, étant dans l'incapacité totale d'aller droit au but dans mes développements. Ne pas du tout maîtriser les codes sociaux... J'ai vu le compagnon de 20 années de ma vie écarquiller les yeux comme des soucoupes alors qu'il entendait les explications que j'avais trouvées dans ces livres, explications sur 20 ans passés ensemble. Tout simplement. J'ai transmis à d'autres des informations, et c'est un soulagement pour moi et pour d'autres de percevoir qu'il existe quelque  part aujourd'hui une sorte de mode d'emploi ou de grille de lecture pour moi. Ce blog m'a longtemps été utile pour communiquer avec des personnes que j'aime très fort et qui ont longtemps refusé tout contact avec moi, même s'il n'a pas du tout été créé à cet effet à l'origine. Il reprend du service aujourd'hui parce que j'aimerais exprimer à ceux de mes enfants qui ne me parlent actuellement pas quelques petites choses que je comprends de tout cela. Ma motivation est simple : je lis que lorsqu'une personne autiste est décelée dans une famille élargie, il y en a d'autres, à des degrés variés, dans leur arbre généalogique. Je suis en attente de diagnostic depuis un an et pour une autre année encore. Si j'entrevois qui peut l'avoir été avant moi dans mon poirier ancestral, je souhaite que ces informations soient aussi accessibles à mes enfants, car ils peuvent être concernés, d'une part dans leur relation compliquée avec moi - de par mes particularités - ou dans leur vie personnelle ou dans celle de leur descendance si elle pointe le bout de son nez. Ce sont des bagages qui se transmettent, des meubles que ni le feu ni les bombardements de guerre ne peuvent faire disparaître. Cela se transmet par amour. Mais quoi ?

Aujourd'hui j'évoquerai un détail, d'importance dans le dialogue : le décalage. Si vous me parlez d'une chose qui me touche extrêmement fort, il se peut que je réagisse complètement à côté de la plaque. Si vous vous fâchez sur moi, je serai tellement mal que l'expression de mon visage indiquera des signaux qui n'ont strictement rien à voir avec ce que je ressens dans l'instant concerné. Par exemple, mon visage sourira, vous vous emporterez peut-être d'autant plus. J'aurai l'air insensible et je souffrirai en silence au dedans de moi de vous avoir mis dans un tel état. Mes mimiques faciales ne reflètent pas de façon organisée mes ressentis intérieurs. C'est une loterie en quelque sorte. Et pourtant, oui, pourtant, j'ai toujours cru que j'étais transparente et que l'on pouvait lire sur mon visage ce que je ressentais. Incapable de mentir, j'ai entendu l'autre jour une de mes filles me dire "allez maman, s'il te plaît, mens juste une minute, pour faire une blague" et j'en ai été incapable. J'ai gâché son plaisir de faire une farce à sa petite sœur. Je n'ai pas accès à ça. D'autres diront que je suis limitée. Un de mes enfants me l'a dit, tant le dialogue avec moi lui semble compliqué. Il m'évite. Je ne le juge pas. C'est peut-être un passage. C'est pour cela que je cherche, jour après jour, dans diverses sources fiables, des aides, des informations qui puissent guider mes proches et mes enfants, afin de dénouer de multiples malentendus qui ont grevé nos relations. Ceci est une bouteille sur un lac, une parmi d'autres. Lira qui veut. Simplement. 

Thursday, November 08, 2018

Apaisée

Ce travail d'écriture avec Luc m'a permis d'appréhender un apaisement qui a fait fi de mon chemin au fil du temps, avec ces mots que je recevais, tandis qu'il veillait rigoureusement, en permanence, à la qualité de la connexion et chassait les intrus malveillants qui sans arrêt tentaient de perturber les messages que je recevais.

Cette expérience de confiance prend un tournant à présent que Luc est passé de l'autre côté.
Le dialogue est plus simple qu'avant, finalement. Pas besoin d'allumer Skype. C'est automatique.

Je me disais encore cette semaine que ma vie n'était, en fait, qu'une gigantesque partie de cache-cache sur la longue durée. Nous allons donc jouer. Et écrire. Nul doute en moi à ce sujet.

Wednesday, October 17, 2018

Peur ?

Faut-il avoir peur des journalistes ? J'ai parfois dit non. J'ai aussi dit oui à plusieurs reprises. Ceux-là m'avaient inspiré confiance. Le format proposé me plaisait. Il n'y aurait pas de commentaires autres que les miens, prononcés par moi, sur les images de notre quotidien. J'ai dit oui. J'allaitais deux petites filles de (ohlala!) deux ans pour l'une et 5 ans pour l'autre. Et on hurlait au scandale dans la présentation. J'avais auparavant allaité trois petits gars simultanément, dont deux jusqu'à 7 ans et un autre jusqu'à 5 ans et demi. Et trois autres enfants auparavant : un gars, une fille, un gars, de 3 à 4 ans et demi chacun, avec du co-allaitement à chaque fois en guise de transition. Je bois, tu bois, nous buvons gaiement… A part la présentation loufoque de la speakerine, je me suis vraiment sentie respectée au cours de cette expérience.




Ce soir, je reçois ceci :

Bonjour Ingrid,
En repartageant ton reportage tu m’as remémoré le fait que c’est toi qui m’a fait découvrir l’allaitement non écourté et le portage physiologique, bien avant que j’ai mes enfants, je devais avoir 14/15 ans 😉
Alors merci

Alors réfléchissez bien avant de dire non aux journalistes.
Tous ne sont pas méchants. Certains font même leur boulot très correctement.

Wednesday, October 03, 2018

A la découverte



de moi qui ne serais pas triste, qui ne me projetterais pas ailleurs par la force de la pensée, comme le Snoopy qui me fut offert un jour lorsque j'étais enfant dans un carnet de poésie. Ce fut un cadeau très précieux, qui annonçait une technique que j'utilisai ensuite à maintes reprises pour survivre. Peut-être que finalement je pourrais être ici et maintenant comme je n'ai jamais pu vraiment l'être pour diverses raisons, à diverses époques de ma vie. Ca fait quoi d'être réunie, entière ? Il faut que j'apprenne. Sans les énergies de qui a voulu me gouverner ou de qui m'a refilé ses ennuis par héritage spirituel par accident de transmission. Garder ce qui me réunifie, me pacifie, me répare moi, pas les autres mais moi maintenant - parce que j'étais toute cassée. Et tous les Pourquoi ? que j'ai poussés en levant le bras à l'école ou en dehors reflètent ses Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? désespérés. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il n'y a pas de haine mais des pleurs qui jaillissent après avoir longtemps stagné. Des pleurs presqu'aussi vieux que moi. Heureuse, bien heureuse d'avoir hérité d'un bagage en héritage qui, s'il est parfois bancal, est dénué de haine, je l'observe. Comme j'observe l'absence de haine en moi. Je posais récemment la question à un ami guérisseur  Pourquoi les hommes qui entrent dans ma vie ont-ils tous telle caractéristique ? Et il m'a répondu : Parce que tu as hérité d'un bagage d'un de tes ancêtres. Cet ancêtre, je l'aime. Comme Snoopy, il a fait la première guerre mondiale et cultiva la vie, les livres, l'art, son jardin et ses nombreux enfants, en leur racontant des histoires. Il y a quelques jours, j'ai expliqué à mes ancêtres que c'était terminé de me faire nettoyer leurs histoires à temps plein comme ça depuis des années. Que je voulais bien encore le faire à temps partiel, mais pas plus, parce que j'ai une vie à vivre.

Tuesday, October 02, 2018

25 ans

aujourd'hui


Sunday, September 16, 2018

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