Thursday, February 14, 2008

éponge

J'absorbais
j'absorbais
irrémédiablement
j'absorbais
petite ou grande
depuis toujours
j'absorbais

parfois
je réagissais
en colère
sans savoir vraiment
que je sauvais ma vie

ensuite
j'ai fait tampon
imbibé
résolu
tampon de survie

exposée
surexposée
que j'ai été
à un pessimisme
malade
que jamais
nul ne nommait
que je ne pouvais
nommer


dont je ne suis
je crois
qu'une pauvre réaction
allergique
dont les boutons
éclosent
encore et encore
vers l'air
vers le haut
tandis que je suis
tirée vers le bas
par le poids
de l'éponge
imbibée
alourdie

réaction allergique
au morbide
qui se cachait
tapi
dans notre vie
bien-comme-il-fallait
quand j'étais petite

je suis une réaction
qui fait tampon
une fine strate
une petite étape

héritage triste
goût du morbide
respiré toute petite
fascination de la mort
des blessures
et incapacité à être dans le présent
je les connais

je suis leur allergie

je cherche l'atterrissage
ici et maintenant
tout le temps

Wednesday, February 06, 2008

piège

Beaucoup d'événements deviennent des secrets parce que ceux qui les ont vécus pensent qu'il serait indigne d'en parler à leurs proches, en particulier à leurs enfants, et que s'ils le faisaient, ils risqueraient de perdre le respect de leurs enfants. Ils ont peur que leurs confidences dégradent la bonne image qu'ils pensent nécessaire que leurs enfants aient d'eux: l'image de parents parfaits et ne commettant aucune erreur. Souvent, l'existence du secret est ainsi motivée par l'idée que nous nous faisons de ce que doit être un père, une mère, une famille, ... c'est-à-dire un père, une mère ou une famille parfaits. Or de tels comportements ne sont pas seulement générateurs de secrets. Ils enferment également les enfants dans le carcan d'un idéal pesant, auquel ceux-ci éprouveront plus tard la nécessité de se conformer en toutes circonstances. Ainsi, vouloir cacher à ses enfants les erreurs qu'on a pu commettre contribue non seulement à les exclure d'une partie de notre vie, mais aussi à les emprisonner dans la nécessité de se conformer à des idéaux excessifs. Cet emprisonnement provoque fatalement chez eux une tendance à cacher à leurs parents leurs erreurs et leurs questions. Ils veulent ainsi correspondre à l'image d'eux qu'ils pensent souhaitée par leurs parents, image calquée sur le modèle de celle que leurs parents leur ont imposée d'eux : des êtres parfaits...



Le problème est que, dans ce souci de perfection, plus personne ne communique ses sentiments et ses pensées réelles. Et le désespoir de l'adolescence n'en est que plus grand.


Extrait de Secrets de famille: mode d'emploi, Quand et comment faut-il en parler?, de Serge Tisseron, Marabout, première édition : Editions Ramsay, Paris, 1996.
pp. 59-60

Saturday, January 26, 2008

vider la maison

c'était il y a deux ans

nous avions rendez-vous
nous
les petits-enfants

pour vider la maison
de nos grands-parents

j'ai choisi des édredons
sous lesquels j'avais bien dormi

des petits foulards en soie
que j'avais tant vus
au cou de ma grand-mère

une petite sacoche
avec,
dedans
un mouchoir en papier
qui portait encore
la marque de son rouge à lèvres
lorsqu'elle les pinçait
après s'être maquillée

j'avais redouté ce moment
finalement, il fut bon
gai
vivant

chaque chose repartait
reprenait du service
s'en allait en voyage
sur un nouveau chemin

les grandes marmites
dans une famille nombreuse
(on se demande bien laquelle)
et les petites casserolles
dans une famille à deux enfants

j'ai même éclaté de rire
lorsque ma cousine m'a proposé
ces casserolles qui, chez nous,
ne permettraient de cuire que de la sauce
pour notre régiment
tellement elles étaient petites
aussi petites que celles que j'utilisais
dans ma chambre d'étudiante
pour manger seule ou avec quelqu'un

(ah zut, shut! je n'étais pas sensée manger avec quelqu'un
dans cette chambre-là
je sens que je vais décevoir quelqu'un...
mais peut-être qu'il s'y fera
- et il n'a plus le choix! -
quand on a une fille
ce n'est pas pour la maintenir sous cloche!!!)

ah!
vider la maison

vaste projet que celui-là
difficile après un décès, un départ, un arrêt
difficile aussi lorsqu'on est tous bien là
que la vie continue
mais que l'ordre, la raison, l'organisation
défient la raison


vider
quel sens cela a-t-il?
sortir des objets qui mangent de la place
pour les faire rentrer peu de temps après
et avoir l'impression d'avoir accompli un travail
brasser de l'air
c'est tellement important
on se sent bien vivant
mais qu'est-ce que l'on fait?

vider
compter
transférer
redistribuer
soupeser
élaguer

faire du vide autour
ordonner avec soin les outils essentiels
pour la vie quotidienne
nourriture spirituelle
tout ce qui a un sens
pour aller où l'on va


compter les accessoires
en vérifier la liste
les ranger dans les malles
entre deux représentations

panser ses plaies
regarder ce qui bouge
quand il n'y a plus d'action

voir ce qui bouge bien
vraiment bien
ce qui donne envie de bouger
tellement c'est joli quand ça bouge

- et lire les petits mails qui, la nuit, tombent, remplis de lumière !

Friday, January 11, 2008

recherche

pistes
informations
comme ici
http://www.arte.tv/fr/connaissance-decouverte/hippocrate/1025382.html
infos
comme mardi 15 janvier à 21h: soirée Thema sur Arte

détente
et
tension


vont et viennent

traitement radical
contre la crainte du jugement d'autrui
avancer, surtout
avancer
et sortir d'ici

au-delà du bien et du mal
la paix
existe peut-être

l'énergie
est là
voisine
du manque de sommeil

les réponses
aux enfants
me sortent
vives
fortes

là où ils attendent
des câlins

je ferme plus facilement
le bouton
de mes pantalons
avantage
de la perte d'appétit
(s'il en est)


c'est par où la sortie?
un paquet d'aller-simples
s'il vous plaît


de l'air

de l'air

de l'air

Thursday, January 03, 2008

sur le bas-côté

au printemps
nous nous sommes fait refaire
des lunettes
toi et moi

finies ces années
sans paire
sans rien
vieilles paires cassées
où il n'y avait
pas le temps
ni
la possibilité
de les remplacer

sans voiture
je n'avais plus trop
besoin de lunettes

(mais si, quand-même,
mais la gestion
du manque
passe par de ces argumentations
internes!)

qui m'étaient principalement utiles pour conduire
et lire les plaques
de loin
en chemin

mais en rue
tout de même
mes lunettes me manquaient

alors
au printemps
nous sommes allés
- enfin -
nous faire refaire
des lunettes

depuis...
trois paires me permettent
d'en avoir
en permanence
une localisée
aux branches non brutalisées
par des petites mains

je revois de loin
et
j'en reviens...

à présent
je recule pour voir
là où je suis
car ma vision de près
n'était pas trop au point
comme un peintre recule

besoin de temps
surtout
besoin de coeur
de beaucoup
de patience
pour contempler
qui j'aime
et qui
souffre
tout près de moi

mystère camionette

il y a
quelque part
entre chez nous et Paris

notre camionette

nous l'avions achetée il y a deux ans et demi
une réplique de la précédente
une occasion

las!
elle est tombée en panne
après quelques mois seulement
hors frontières
et elle y est toujours

frais de rapatriement
résolument
hors de notre portée

la belle tient-elle encore?
serait-elle réparable?

il nous faut enquêter
et
tirer au clair
cette histoire

Wednesday, January 02, 2008

être voisin

derrière notre maison
il y a une petite cour
il y a un petit jardin
et derrière le jardin
il y a une annexe

dans laquelle
se rangent
nos rêves
cassés
ou entassés

des livres que l'on aime
des meubles à évacuer

des bouts d'un peu tout
en désordre
à ordonner

boîtes
de prépas
de cours
que je ne donnerai
peut-être plus jamais

textes d'auteurs
allemands
et autres
poèmes
quelques rayons
pondus par des auteurs de théâtre
etcaetera
etcaetera

il y a du rangement
à faire
dans la cour
le jardin

une table de ping-pong
qui a besoin
d'être remontée

du bric-à-brac à évacuer
histoire
que monsieur notre voisin
nous dise
un jour
à nouveau
"bonjour!" en souriant
comme il le faisait autrefois

il y a du rangement à faire
dans l'annexe

pour évacuer
trier
pousser les choses
remettre de la chaleur
préparer un espace
pour un boys band
que je connais bien
et qui veut se mêler
de faire du métal

pour des répétitions
de théâtre

pour des pinceaux
en mal de peinture
peut-être
(qui sait?)

il y a ces livres
en mal de bibliothèque
en mal d'être feuilletés
du fond d'un lit douillet
ou bien sur une plage

il y a cette attente
de nos rêves
qui sont là
un peu oubliés
qui attendent
à moitié endormis
que nous soyons
enfin
prêts

à être clairs avec nous-mêmes
avec monsieur notre voisin
avec les enfants

être notre voisin
n'est pas une histoire simple
on entend des enfants
s'exprimer
tantôt d'une façon relevée
tantôt comme des charretiers
(ils ont développé de vastes compétences!)
sans oublier un écho de naissances
et puis, étonamment, pas beaucoup de pleurs de bébés
bizarre bizarre d'être notre voisin!!!

le tout est de remonter ses manches
de faire un pas, deux pas
de reprendre la route
du dehors
de l'air

ce chemin qui nous sépare
de qui nous sommes

reste à construire de nos mains
une bibliothèque qui dise
aux livres que l'on aime
"venez habiter avec nous, ici
nous avons envie que vous soyez là avec nous
venez vous faire feuilleter par nos enfants
après avoir été feuilletés par nous"

il y a un moment
où l'on peut
peut-être
cesser d'être
juste
à côté de soi-même

pour entrer
finalement
dans le vif du sujet
et être pleinement soi

juste soi
en équilibre
ou dans un état voisin

Monday, December 31, 2007

passagère

depuis longtemps
sans que j’en aie eu conscience
se niche
sous mon toit
une personne étrange

qui tantôt reste calme
ne se manifeste pas
tantôt s’ingénie à perdre les outils
les papiers
fait des trous dans les murs
et ne les répare pas
démarre mille choses
ne les achève pas
et déboule parfois
en crise que je peux
aujourd’hui qualifier de maniaque

(il y a peu de temps que j’ai ce mot-là)

j’ai vécu très longtemps
dans mon histoire
sans en saisir le fil
ou du moins un des fils qui,
sans cesse,
vient détricoter ce que les autres tissent

cette année-là
j’ai eu l’impression
de dormir à côté d’un mort
c’était indescriptible

comment je suis restée ?
je ne sais pas

accrochée à un rayon
de lumière
j’ai tenu bon

puis

nous avons tâtonné
lentement
cherché
cherché
longtemps

cette personne à nos côtés
passagère clandestine
non identifiée

elle
n’a pas sa chaise à notre table
mais elle est là
qui m’envoie au dehors ou vers des fenêtres comme celle-ci
vers un ailleurs riant et agréable
un ailleurs sans trou et sans déchirure
un ailleurs accueillant, serein
un lieu que je n’ai pas

elle décuple mes forces
m’envoie pas monts, par vaux
dans des lieux insolites
loges, maisons de maître, bureaux, salle de danse, de jeu
lieux garnis de chaises raides, de tapis de mousse bien minces, de grands blocs ramollis,
de matelas garnis
lieux aux accueils divers dont j’ai même eu la clé, quelquefois

elle décuple mes forces et parfois
aussi
elle m’envoie
à mon grand regret
dans des intérieurs douillets
visites
dont il me faut bien du temps
pour me remettre
tant le choc est profond
elle décourage
ceux qui,
autrefois,
nous rendaient visite

et je vis sur la corde raide

mon cardiologue met le doigt sur ma difficulté, content :
trop de naissances et trop d’allaitements
mais c’est simplement de sommeil dont je manque
de sérénité
je m’use
ma tête tourne depuis
un ou deux ans
je craque

le sommeil en allé
le sommeil suspendu
la tête qui ne comprend pas
qui cherche dans la nuit
qui vient s’immiscer dans ma vie
semer l’angoisse et l’énergie
l’énergie insatiable
celle qui se nourrit des blessures

son nom est composé
il y a maniaque
il y a dépression aussi
mais on dit bipolaire maintenant

il va encore m’en falloir du temps
pour comprendre mon histoire
notre histoire
entre moi, toi, et ton double
qui te paralyse
t’empêche de parler
et t’enferme dans un tunnel profond
dont je ne peux résolument pas t’aider à te tirer

depuis qu’elle a un nom
(ou plutôt deux)
elle me fait moins peur

déjà je sens
que tu retrouves un tout petit peu
de clarté
de sourire
et parfois
nous rions

je te sens présent

difficile pour toi
d’accepter
que tu vas prendre
ces médicaments
jusqu’au bout
de ta vie

difficile pour moi
de me dire
que toi et moi
c’est avec elle
nécessairement

soulagement de comprendre
que lorsqu’on s’appelait
c’était souvent
un très long silence
un appel

des centaines d’appels
pour se dire
qu’on était là
au bout du fil

mais qu’on ne pouvait pas trouver la formule
les mots
sur ce que l’on ne comprenait pas

vie d’angoisse
corde raide
tout le temps

enthousiasme
énergie
usure

et puis il y a le nom, les noms de la passagère
alors
à nouveau
un avenir ouvert



Friday, December 07, 2007

Tuesday, December 04, 2007

mère

http://www.bluffton.edu/womenartists/ch10(20c)/modersohnnursing.jpg

mère
sorcière

mangeoire
feu
repos

signifié
signifiant
référent

issue
ouverture
offerte

monture
point de vue
plongeoir

mère

Sunday, November 25, 2007

16 ans

il éclate de rire
il m'invite
à venir voir
avec lui
la fin d'un feuilleton

je m'étonne
et m'exécute

et j'écoute
les répliques
qu'il souligne
en me les répétant

chapelet de poncifs
qu'égrène cet épisode
d'un feuilleton américain
exclusivement WASP
ou presque
des années cinquante

ou

(c'est lui qui me le dit)
comment voir la vie en
compliqué
et en bons sentiments


je suppose que
dans pas longtemps
il regardera plus
la mise en scène
que l'histoire

les plans où les acteurs
parlent sans rien faire
ou font sans rien dire

est-ce que ça l'énervera
comme ça énerve son papa?

j'aime ce décalage
pas désabusé
amusé
rieur
chez mon fils,
notre fils

à qui nous n'avons pas essayé
de faire gober trop d'évidences
mais bien mieux
de toujours regarder
si les choses simples
ne sont pas, de plus près,
plus complexes qu'elles ne semblent

complexes, belles, changeantes, intéressantes

déjà, il était revenu
riant
d'un voyage
où on lui avait dressé des vues sur la vie
pareilles à des recettes
il m'avait fait son analyse
synthèse fine et circonstanciée

il sait que la vie c'est plus riche que des sentences

que les personnages de la vie sont ronds
pas plats comme des omelettes fades
qui rampent sous les mots.

Friday, November 09, 2007

libération?

Merci Cécile pour ce mot juste et merci à une "adulte intense"
qui m'a ouvert les yeux sur cette qualité d'une part,
et sur son acceptabilité d'autre part.

Pleurer dans le genre "chutes du Niagara" ou rire uniquement à gorge déployée
être à peu près totalement incapable de fermer les yeux le jour
(sauf en cas d'épuisement phénoménal ou de grossesse)
ou de faire la grasse matinée sous la couette
toujours être en mouvement, en réaction

travailler le jour
et travailler la nuit

ne pas savoir ce que le terme "pause" veut dire
ou alors "pause forcée"
quand les forces s'en sont allées

une nature intense

la libération pour moi fut qu'une personne m'ait nommé cette condition
que nous partageons...

Depuis, je suis légère.
Je me sens autorisée à être comme je suis.
Je peux comprendre - sans avoir plus envie de poser une foule de questions sur le passé -
que mes proches n'y aient souvent pas compris grand chose.
Depuis, je pense que le sentiment que j'avais eu longtemps de ne pas être pleinement acceptée telle que j'étais devait être légitime. Point.

Ca cicatrise à vitesse grand V, cette légitimation.


Une trop grande sensibilité qui fait que, le soir, au lieu de me coucher, je couchais, je couche des mots dans des cahiers, sur un clavier, ou que je dépensais tout mon argent de poche en pots de peinture - qu'allait-on bien pouvoir faire de moi? Hein?

Feu un de mes grands-pères m'a dit un jour que j'étais trop sensible.
Je me souviens, le jour de son enterrement, j'étais très loin, très loin de là, à donner une formation au portage, pour transmettre quelques gestes, quelques mots qui, à leur tour, voyageraient. C'était bien comme ça.

Ils l'ont enterré, au printemps, sous la neige.

J'aurais été bien incapable d'une oraison funèbre.
Trop tôt pour moi pour prononcer devant une assemblée
(ce que j'avais fait avec joie pour son épouse, ma grand-mère, quelques mois plus tôt)
des mots doux pour parler de non-douceur,
d'amour qui ne sait que taquiner et faire pleurer les femmes.
Il m'a aussi dit un jour que j'étais une bonne laitière, et il m'a fait rire.
Ses bêtes n'avaient pas le temps d'allaiter leurs petits.
Pas le temps pour ces choses, pour l'essentiel...
Chez lui, les heures de biberon des bébés étaient calculés pour que les hommes soient servis à l'heure où ils le voulaient.
Fallait que ça roule. Et ça roulait.
J'ai pourtant le souvenir d'une toute petite fille qui le faisait danser,
grand-père devenu gâteau avec les années.
Qu'ils étaient beaux, tous les deux, en train de faire la ronde.
Les petites filles de deux ans ont tout pour vous faire fondre.

Moi, j'ai eu le tort de le faire grand-père pour la première fois,
puis arrière grand-père pour la première fois,
et il a eu à chaque fois bien du mal à passer le cap.
Il semblerait que je sois un cap difficile à passer...


J'ai perdu cette année-là ma confiance dans le mot "famille".
J'ai vu, une fois de plus, le froid qui se lève sur le nid éparpillé
lorsque la Mère est partie.
Pendant des mois, j'ai eu peur de ce froid qui s'était levé.

J'ai compris, de chaque côté, que lorsque la Mère s'en va, sa tendresse ne reste pas forcément.
La Mère, la Grand-Mère, qui vous aime comme vous êtes, même si elle ne vous comprend pas, même si elle vous passe la main devant les yeux lorsque vous rêvassez, qui vous emmène à la messe à 7h du matin et avec qui vous faites les courses, bras-dessus-bras-dessous, pendant les vacances, cette Grand-Mère qui ne vous demande rien sinon d'être heureuse, parce que ses rêves à elle, elle sait très bien que ce sont les siens,
Grand Mère qui s'émerveille tout simplement devant vos pas, quels qu'ils soient ...

J'ai eu bien froid cette année-là.
La même année, mes poussins ont perdu leur Grand-Papa.
Curieuse année où mes enfants et moi perdons un ou deux de nos grands-parents.

Curieuse année où une petite fille nous est née, en plein été, coiffée, à la maison, après quatre garçons.

Il y a des années,
il y a des mots
qui changent beaucoup
surleur passage.

Sunday, November 04, 2007

Recherches dans le noir

Auriez-vous l'idée de faire des recherches dans le noir pour faire des économies d'électricité?
Eh bien, allez y voir...
Spirou m'en a parlé (il est d'ailleurs sorti sur papier recyclé, vous avez vu?) .
Je cesse de googler, je vais désormais blackler sur www.blackle.be .
Puis j'ai reçu mon numéro de Mothering sur papier recyclé, lui aussi...
(Sur www.mothering.com , vous pouvez vous abonner à la version internet, si vous pensez beaucoup aux arbres...) Ce magazine est superbe.
J'ai lu dans un journal imprimé sur papier pas recyclé que mes grands-parents lisaient lorsqu'ils étaient encore de ce monde que la lecture des sept tomes de Mister Harry Potter pouvait constituer une thérapie sur la sortie de l'enfance. Est-ce grâce à la lecture du septième tome en juillet (précédée de celle des six autres, un par un, dans l'ordre, et dans la langue) que je me sens bien à présent? Mystère... et boule de gomme! Aurais-je enfin cessé de chercher dans mon miroir d'Erised ce que j'ai tout au fond de moi: une solide capacité à accepter mon sort, mon jonglage avec l'intensité qui fait vibrer mon quotidien, du rire aux larmes, de la paix à la rage. Me recyclerais-je enfin?

A moi, la nuit, non pas les troubles du paradoxal loup garou gentil, mais plutôt, pour l'instant, les joies de la lecture de Tobie Lolness, hélas en deux volumes seulement!

Et de l'écriture, pour un mag que j'aime, qui est, lui, imprimé sur papier recyclé depuis le début: www.grandirautrement.com .

A nous les joies du recyclage d'une maison (aurons-nous un jour terminé? peut-être lorsque les enfants seront tous grands?) On ne s'improvise pas fourmi quand on est une cigale; on ne s'improvise pas sédentaire lorsqu'on est nomade par essence.

Savez-vous que les nomades ne sont pas ceux que l'on croit? Que les sédentaires sont plus mouvants qu'eux, qu'ils quittent souvent leur région d'habitation pour partir s'établir très loin du lieu qui les a vu naître, tandis que les soi-disant nomades reviennent régulièrement aux mêmes endroits, sur de vastes étendues. Ils ont une foultitude de repères et connaissent les moindres recoins des régions qu'ils arpentent encore et encore. Ils épuisent moins les ressources de la terre.

A nous de nous recycler sans cesse, d'apprendre chaque jour de nouvelles petites choses.
Je me demande juste si ce post a un sens. Je cherche... souvent je tournicote et je cherche encore; la balade vous plaît?

Saturday, October 06, 2007

déjà

ça fait cette semaine
14 ans
déjà

qu'une personne
me dit

après que j'eus
lâché
mon plus petit bébé
(3 kilos et demi)

"vous avez bien géré "ça"
sauf les vingt dernières minutes:
vous avez perdu les pédales"

yes
j'avais perdu les pédales
je n'accouche pas
néocortex branché
je dansais
sur la table d'accouchement
et à la fin
la danse s'est faite
toute seule
sans que mon esprit
soit plus consulté

j'ai été emportée
je serais incapable de vous conter
cette naissance
par le détail

désolée

et

quatre années et quatre jours plus tard plus tard
j'ai été heureuse

qu'un autre bébé
attende patiemment
que l'anniversaire de sa grande soeur
soit fêté
avant de pointer
le bout de son nez

enfant
du tournant
avant un grand virage

avec lequel j'ai goûté
aux joies du portage agrippé
vraiment

enfant en écharpe
en Tonga
porté
savouré
allaité

enfant
enfant enfin plus léger

j'ai retrouvé des jambes
retrouvé une liberté
que j'avais oubliée

avec un grand tissu
bien tissé
une folie
que j'ai osée

dix ans de portage
découvertes
rencontres

j'ignorais où cela me mènerait

je l'ignore encore
ce fil pas entièrement déroulé

il court encore
comme cet enfant

Tuesday, October 02, 2007

solidaires?

lorsque je vivais loin d'ici
je voulais revenir

connaître
mon pays

qui me semblait autre
que celui où je vivais

autre parce que moins imprégné de compétition
de concours et de sélection

autre parce que plus serein
avec des mots plus simples
et peut-être
plus simple à vivre au quotidien

pays contradictoire
multilingue
incompréhensible
pour qui n'est pas d'ici

pays où
j'ai
peu à peu
réappris
ce que c'est que le calme

à vivre au jour le jour
et à goûter la vie


www.sauvonslasolidarite.be

Thursday, September 27, 2007

semaine folle

il y a des semaines



votre petit se casse la figure
le tout premier jour
où il devient un baladin
où vous faites face à l'incompréhension
d'une infirmière en pédiatrie
qui vous aperçoit en train de réconfoter
ce petit de 4 ans et demi
au sein
(ouf! une nuit d'observation
et puis plus rien)
j'avais oublié que je n'étais vraiment pas normale


vous retombez sur votre vielle copine
qui vous dépanne
et qui vous rappelle
que dans quelques jours
elle joue au théâtre

vous retrouvez tout à coup le chemin
du théâtre
où vous avez roulé votre bosse
des années
parce que
pour la première fois depuis des lustres
la mystérieuse envie ne vous a pas
encore une fois
joué des tours
autour des deux ans de bébé
vous voilà légère
pour aller au théâtre
encore et encore
suivie d'une rangée de canards à vélo
une fois, deux fois, trois fois
c'est si bon de voir le même spectacle plusieurs fois

et ça repart
quand

votre "petit"
(qui a rasé sa crête jaune
entre festival et examen de passage
- les cheveux verts, ça tourne au jaune, oui...)
est emmené en sortie par sa prof
dans ...
le centre d'information
où vous avez fait SON test de grossesse
quand il était tout mini mini
et que personne autour de vous
sauf son papa et cette amie
ne semblait se rendre compte
que vous étiez adulte ou presque
et depuis longtemps taraudée par une mystérieuse envie ...



lâchement abandonnée par les vôtres
vous allez en rendez-vous chez votre psy
avec une demoiselle de deux ans
qui refuse les duplos que la dame lui propose
mais qui finalement se délecte des magazines de la salle d'attente
et vous permet de vider tout de même un peu votre sac




c'est stop ou encore
et vous retenez votre souffle
vous ne dormez pas
tellement le tournant est fort

et vous vous réveillez

VIVANTE

pas en bisbrouille avec votre maman (ça fait bizarre, ça fait un bon moment, maintenant!
- coucou maman!)

Monday, September 24, 2007

la solution

la solution
est-elle de protester
de trépigner

ou de chanter?

http://fr.youtube.com/watch?v=TSO0fcZp5Ms&mode=related&search=

Friday, September 07, 2007

toc toc

c'est qui?

c'est lui

et je l'entends qui chante
des textes de Brassens
avec grande fille
école à la maison avec papa
- avec maman, non, ça ne colle pas -

manger - dormir - chanter
pédaler
qu'y a-t-il de mieux?

et je les vois
vivre ça
sous mes yeux

comme un homme
parfois
souhaite être enceint
et ne le peut pas

je ne peux faire l'école à la maison
les garçons y vont, à l'école
et je reste là

mon désir en berne
mes cahiers entre les jambes
mes rêves au placard
encore une fois

même si je suis là
non, ça ne compte pas

tout est pris en charge
tandis que je reprends mon boulot
boulot que j'aime

me suis bien reposée
ça repart, mon kiki
une année à l'envers

manger pour vivre?
vivre pour manger?

à l'école
j'ai joué cette scène
en face de moi, un garçon bon vivant, rieur
me donnait la réplique

moi, toute à mon angoisse de ne pas faire d'erreur
moi, j'étais avare de moi
je mesurais mes mots, mes mouvements
ma vie

lui, il avait raison, de rire en toute saison

moi, je pensais qu'il était impérieux de ne faire aucun pli,
aucun participe passé mal accordé,
aucune confusion entre infinitif et participe,
quelle folie! (je n'y aurais même pas pensé)

je croyais que l'école me mènerait avec assurance à ...
à quoi?
je n'en savais absolument rien
à une absolue non-confiance en moi
à une suite sans goût de remplacements insensés
qui ont eux-mêmes suscité des remplacements à d'autres intérimaires
non casés
comme moi

quelle mascrade
jolis mots enseignés
vivre - manger
manger - vivre

si j'ai remis quelque chose à l'endroit
mon travail me rend heureuse
je souhaite que mes enfants
reprennent la place de choix

que l'on travaille côte à côte
que l'on apprenne
que l'on explore ensemble

sans eux, j'ai tellement moins d'énergie
c'est comme dans l'allaitement
le contact avec eux suscite ma production

et cet été
lorsqu'ils étaient presque tous partis au camp
j'étais une chose molle
sans énergie

la vie que vous donnez vous donne la vie