Saturday, August 11, 2018

Meltdowns




La sonnette de la porte d'entrée sonne trois fois lorsqu'on appuie une seule fois sur le bouton à l'entrée chez moi. Un jour, ma mère est passée me chercher. J'étais déjà anxieuse à l'idée de la voir et de passer du temps avec elle car nous avons beaucoup beaucoup de mal à nous accorder. Il se trouve qu'elle a appuyé deux fois sur le bouton de la sonnette, qui a donc retenti six fois. Et je ne suis pas partie. Je me suis sentie complètement agressée et en panique par cette sonnerie qui retentissait six fois. Je lui ai dit de partir sans moi là où nous avions prévu de nous rendre ensemble ce jour-là, que c'était trop compliqué.

Ce 21 juillet dernier, je conduisais ma  plus jeune fille à son camp louveteau, qui démarrait le jour de la fête des Myrtilles. Après l'avoir conduite au lieu où se déroulait son camp, je m'installai calmement le long de la rue principale pour regarder le cortège de la fête passer. J'apprécie beaucoup cette fête, que je connais depuis plus de vingt ans, et à laquelle je suis venue plusieurs fois. Le cortège était agréable. J'ai apprécié certains intervenants. Mais les dernières du cortège à passer devant moi furent les macralles, ou sorcières en wallon, qui sont les reines de l'événement. L'une d'elles m'a lancé beaucoup de talc sur le corps, mon sac à main et mon sac à dos. Mes jambes, mes pieds et mes sandales étaient couverts de talc, mon T-shirt et mon short aussi. Je n'avais jamais été aspergée les autres fois et n'avais pas vu venir la chose. Après la fin du passage du cortège, terrifiée, je me suis levée en hurlant et suis allée à la gare à pied, pleurant seule, traumatisée par l'événement. Il m'a fallu plus d'une heure pour me calmer.

Un autre jour, j'ai reçu par téléphone un appel qui s'est avéré être une blague. Quelqu'un encode votre numéro de téléphone sur internet, j'imagine, et vous recevez un appel qui consiste en une engueulade. J'étais, au moment où le téléphone a sonné, en train de tenter de récupérer dans le canapé car j'avais un coup de pompe. Je dois tout le temps réfléchir à ce que je vais faire dans la journée pour arriver au bout de la dite journée en ayant de l'énergie pour les choses élémentaires. Entendre cette engueulade au téléphone m'a fait pleurer. J'étais perdue.  A la fin, l'enregistrement signalait qu'il s'agissait d'une blague. Il m'a fallu un bon moment pour me remettre de ça.

Il y a quelques jours, un ami a diffusé une vidéo dans laquelle il a passé une chanson que j'ai écrite il y a 5 ans et qu'il a produite et sortie il y a 2 ans, après en avoir composé lui-même la musique. Toute la soirée, je suis partie en vrille dans une crise de panique, revivant la profonde tristesse qui avait suivi dans ma vie la sortie de cette chanson, dont j'étais si heureuse qu'elle sorte lorsqu'elle est sortie. Le lendemain, des tensions subsistaient dans mon corps, et le soir, c'était rentré dans l'ordre.

J'ai signalé à  une amie proche, qui me comprend bien, qu'il valait mieux qu'elle ne me parle pas du stress qu'elle projette sur ma situation actuelle dans ma vie. Elle l'a très bien pris. Mais c'est une chose que ma famille a souvent refusé d'entendre : comme si s'inquiéter pour quelqu'un et lui dire qu'on s'inquiète pour lui était une façon d'exprimer de l'amour. Moi qui capte les angoisses des autres comme rien, c'est la pire des attentions que l'on puisse me témoigner et je fuis comme la peste les personnes qui pensent qu'il s'agit là de l'expression d'une affection, quelle qu'elle soit. Je ne peux tout simplement pas faire face à cette tension qui se communique à moi comme du feu à du petit bois. Je n'en ai pas la capacité et j'exprime mon amour en donnant de la confiance et non du stress.

Je sais que des personnes qui me connaissent bien pensent que lorsque je suis sujette à des crises de larmes violentes, en général, c'est l'arc-en-ciel une demie heure après. Ce qu'elles méconnaissent, c'est la douleur qui me traverse le corps dans ces moments, les tensions qui paralysent mes jambes pendant des heures et des heures. Me dire que cela passe toujours très vite, c'est méconnaître ou nier la douleur invisible dont je ne parle généralement pas. Prendre plaisir à les déclencher est cruel.

J'ai passé des années à dire, à tenter d'expliquer ce qui me faisait mal, ce qui me blessait à mon entourage, et il a souvent ri. Alors je ne vois plus grand monde.

Ma fille aînée sait très bien que si on m'embrasse sur le front, cela peut déclencher en moi un souvenir glauque que je revis alors.

Mes enfants les plus jeunes savent que si on me tapote l'épaule du bout des doigts, je perds tous mes moyens et que si on passe la main devant mes yeux lorsque je suis rêveuse, cela me replonge dans une situation totalement identique vécue avec ma grand-mère qui a tenté, un jour, de faire atterrir la petite fille que j'étais. J'étais en train de rêver. Mon regard partait dans le vide et j'ai absolument besoin de ça pour vivre. J'adorais la lumière qui entrait dans sa cuisine par une grande fenêtre située juste devant une vaste prairie. Je sais encore quels objets se trouvaient exactement à quel endroit dans cet espace. J'aimais regarder le robinet de la cuisine, à l'envers, à l'endroit, et ouvrir les tiroirs en bois, qui n'avaient pas la même façon de glisser que les tiroirs en verre, dont j'ai hérité. J'aimais particulièrement cet endroit et je me sentais bien auprès d'elle, dans cette lumière. Mais j'avais besoin de rêver. Cet endroit me faisait rêver, je crois.

Alors ne me demandez pas ce que cela me faisait lorsque ma propre mère m'enfonçait sciemment son ongle dans les côtes pour me faire avancer devant elle dans les magasins. Elle l'a encore refait il y a moins de trois ans et ne sait pas pourquoi je ne veux plus la voir. Elle ne sait pas que je suis incapable de lui faire confiance. Il y a des personnes à qui je peux expliquer le problème, qui tentent de comprendre et de s'adapter et puis il y a celles qui m'ont dit que je jouais la comédie et que je devais changer. Je fais énormément d'efforts pour supporter et tenter de comprendre les autres personnes. Depuis toujours. Et parfois, c'est un travail incommensurable que d'encaisser le comportement de l'autre, qui m'épuise, me détruit.

Je ne joue pas la comédie. Je suis vraie. Merci à ceux qui le comprennent.

NB : je suis en attente de diagnostic pour l'autisme Asperger.

Vous arrive-t-il de parler fort ?



De ne pas comprendre les codes qu’on attend que vous respectiez ? Vous a-t-on dit 25000 fois que vous faisiez trop de choses à la fois ? Que vous étiez trop ceci, trop cela ? Ça m’arrive tout le temps. Pourtant je commence à comprendre qui je suis et comment je marche. Comment mon cerveau fonctionne. Je me suis sentie aimée, je me suis sentie humiliée, rejetée. Tout ça m’a amenée à apprendre à m’aimer et me respecter. J’apprends que lorsque j’ai mal, j’ai très mal. Je connais des crises d’angoisse violentes. J’apprends que lorsque je suis heureuse, je suis très heureuse. Je n’ai pas de milieu. Quand on veut m’enfermer dans le milieu, je m’en vais, car je n’y trouve pas d’oxygène. Ce n’est pas m’aimer que d’exiger de moi de rester dans un milieu consensuel. J’évite les personnes malveillantes, car elles peuvent me faire beaucoup de mal. Je donne autant de respect et de bienveillance que je peux aux personnes que je fréquente. Je sens lorsque des personnes font juste semblant de travailler sur elles mais n’ont pas envie de bouger. Je suis en chemin, je guéris les blessures de mon enfant intérieur. Les flashes back glauques font partie de mon quotidien. Si je bosse sur la notion de lien, c’est que j’ai des blessures sur ce terrain. Si j’apprends à avoir confiance en moi pour parler avec mes propres enfants, c’est qu’elle ne fut pas toujours là. Si mon diagnostic de haut potentiel m’a aidée, j’attends celui concernant l’autisme Asperger. Et j’essaie de comprendre chaque pas. En images. En sons. En mots. Certaines choses sont très simples pour moi. D’autres très difficiles. Je suis souvent fatiguée et quelquefois KO. Je ne suis pas un cheval de course dans lequel on investit. Je suis moi, c’est tout.

Tuesday, July 17, 2018

If you think

Wonderland or Camelot
are anywhere else than in yourself
then you are totally mistaken
Because you are the mystery
the marvel
the magic
on this earth

Friday, July 13, 2018

La synesthésie




C'est acheter de la salade
pour écouter des chansons
- ce qui représente un défi grotesque
lorsque le cœur bat la chamade -
alors vous vous raccrochez à ce livre
dont vous devez interviewer l'auteur
et vous collez plein de posts-its dedans
histoire d'avoir l'air d'être active
mais vous écoutez les chansons
Absolument



Tuesday, June 26, 2018

Paralysie

Peur
Pleurs

Oui je sais
J’ai encore  beaucoup de travail sur moi
À effectuer

Plaies béantes
Qu’on entr’ ouvre avec peu, très peu

Marchez-moi sur le coeur
J’ai l’habitude, hélas
Ou plutôt je ne l’ai pas
Je revis à chaque fois l’écrasement total
L’anéantissement de moi par tout et n’importe quoi

Quand je me dis que je suis prête à ouvrir ma coquille
Il me tombe un marteau sur la tête

Dois-je rester dedans ?
M’enfermer toujours ?
Me restreindre à communiquer
Du dedans
Et éviter le danger, le vivant ?

La sidération encore m’étreint
Je suis perdue
Comme un éternel retour

Au commencement
Il y a eu la sidération
Par la personne en qui tu avais toute confiance

Fichu cerveau
Cerveau qui ne comprend rien
Qui se déglingue à analyser la confusion
La négligence
Et qui voudrait bien s’arracher

Ne pas confondre
Surtout
Ne plus jamais confondre
La source
et l'occasion du réveil de la plaie


Sunday, June 17, 2018

Adolescente




j'ai dû suivre une rééducation oculaire
car je voyais double
mes yeux étaient fatigués
je m'y étais habituée
et je n'en parlais pas

un jour j'en ai parlé
on m'a proposé une rééducation
et je n'ai plus vu double

la double vision n'est pas un mal
tant qu'elle emmène dans l'imaginaire
et que l'on sait très bien
ce qui est où et quand

je me suis parfois demandé si mon comportement
était incompréhensible pour d'autres
et s'il était visible
dans ma crainte de ne pas rentrer dans la normalité
car j'ai souvent conscience d'un décalage permanent
mais est-il visible vraiment ?

une amie m'a rassurée
me disant que si certains d'entre nous percevons tout
la plupart ne perçoivent que ce qui les intéresse
donc nous passons inaperçus
invisibles presque
avec nos atypies

c'est souvent mon questionnement
suis-je en train de faire quelque chose qui peut paraître normal ?
serais-je en train de dire ou d'écrire un truc totalement à côté de la plaque
qui pourra faire penser que je suis très étrange ?
l'étrangeté m'ayant été reprochée
les moqueries ayant été au menu du petit déjeuner
lorsque je racontais mes perceptions extra-sensorielles
dont j'ai arrêté de parler
pour faire cesser ces moqueries bien entendu
car l'entourage ne relevait ni ne me protégeait
et je me suis dès lors moi-même protégée
en me muselant

et pourtant j'entendais en moi ce qui venait de loin déjà
comme maintenant

alors j'ai fait semblant d'être comme tout le monde
j'ai choisi des études qui me donnaient l'aspect d'une personne normale
soi-disant
des études loin loin
pour respirer absolument
j'ai oublié toutes ces histoires
au fond de moi, très loin
mais je n'ai pas fait l'affaire dans l'emploi qui succédait aux études en question
la normalité me rendit malade
à répétition

j'ai continué
à être invisible

et si je révèle parfois
certaines de mes expériences
la clairaudience par exemple
c'est parce que ce phénomène devient enfin banal
je ne suis plus obligée d'être invisible
de faire la soi-disant normale








Saturday, June 16, 2018

Ma vie



ce roman improbable
cet enlacement d'histoire vraie
et de non-dits

quand je lutte moi-même
précisément
pour lever les non-dits

j'aurai bien besoin
de toute une vie
chaque mot constituant un pas
vers plus de lumière
légère

loin des malentendus
avec des êtres
qui ne me comprennent pas
je décortique
comme dans un laboratoire

ma paillasse est un clavier
mes éprouvettes mon histoire




Sunday, June 10, 2018

Dans le dédale de la communication



je comprends que l'on puisse être obnubilé par la crainte d'être découvert
la peur de ne pas être vraiment compris
la peur d'être différent de ses pairs
en étant totalement sincère
je comprends les blessures
je comprends les peurs du rejet et d'abandon
je comprends toutes ces choses

et

je revois
malgré moi
des tentatives de torture mentale
lorsque gentiment je décortique
je tente de donner de la compréhension
je donne avec une patience infinie
ou presque
et j'apprends à déjouer les  apparences
trompeuses
derrière lesquelles on se cachait

cependant

je me retrouve
quelquefois
avec une vieille plaie béante
qui se réouvre
je me trouve en situation de torture mentale
je pleure
je me fâche
je proteste énergiquement

je refais la distinction
entre l'humiliation voulue
d'un passé pas si lointain
vécue avec certaine personne
et des situations
qui, je crois, ne se voulaient pas comme telles
mais étaient le fruit de blessures profondes

le résultat est quelquefois le même
en mon cœur complètement perplexe
face à tant de désinvolture et de froideur apparente

pour moi
parfois
ces deux phénomènes sont le même
cela me montre que la blessure d'humiliation
de torture mentale
en moi
n'est pas totalement guérie

je sais faire la différence
mais cela blesse très fort quand-même
cette réouverture
salutaire

car il faut
à titre principal
que j'écrive
non pas sur celle-ci
mais sur la blessure initiale
l'humiliation répétée, voulue, consciente
que l'on m'a fait vivre

ou les deux, peut-être
l'une m'ouvrant la porte de l'autre
celle de la compréhension

je voudrais que cela s'arrête
je voudrais ne plus avoir à revivre
de situation similaire
juste pour l'entraînement à la distinction
entre les motivations cruelles
et d'autres, différentes,
qui peuvent me sembler cruelles
lorsque je sature

et ensuite je me réveille
me souviens
oui
c'est vrai
j'ai encore ce texte à terminer

peut-être que si je l'écris
la blessure n'aura plus besoin de s'ouvrir
encore

et c'est alors que je comprends
pourquoi je vis tout ce que je vis

la distinction que je fais
entre les actes humiliants, blessants
volontairement ou non
c'est la démarche déjà
de demander pardon
car certains l'excluent totalement
là où d'autres le pratiquent

c'est une immense distinction

avoir grandi avec des personnes
qui gèrent leur soi-disant amour comme des comptables
des voleurs, menteurs, suspicieux de qui est totalement sincère
n'aide en rien à construire des relations saines

alors refusons cet héritage
et gardons le meilleur de nous-mêmes