comme le coeur
de ses propriétaires
ou devrais-dire
gardiens bienveillants ?
les limaces sont lancées
par-dessus la barrière
et désinvitées
grâce à une kyrielle de fleurs d'or
sensées leur dire bye bye
ne venez-pas ici
ramasser des pommes
sous les branches alourdies du pommier
et faire
demain
une compote vraie
- c'est sûr ! -
des bettes
des carottes charnues
repartir le ventre adouci
d'une ratatouille maison
de mûres
de framboises
et d'une seule fraise des bois
cette fois
- d'habitude j'en trouve des dizaines -
marcher en tongs
dans l'herbe pas sèche
du tout
sur les tiges coupées du blé moissonné
du champ d'à-côté
parce que les branches de mûres
dépassent la barrière
et qu'il y a là du goût à savourer
mûres mures à volonté
reprendre vol
pied
armure dans le vent
sourire
grâce à des gens
cela faisait longtemps
que je n'avais exercé d'activité professionnelle
peu à peu
j'ai repris confiance
en ma capacité à vivre en société
à accomplir ce que l'on attend de moi
tout en mettant - en douceur également -
les marques de ma présence
dans ce travail-là
j'ai réappris à vivre
avec d'autres
à prendre soin de moi
à suivre des horaires
à être à l'heure
c'est un apprentissage
profond
quand on revient
de très très loin
de la vie
aux côtés
d'une personne
qui vit le jour comme la nuit
selon un rythme aléatoire
que je n'ai pas exactement compris
que je lui ai laissé
donc
parce que je ne pouvais plus continuer ainsi
avec toute la bonne volonté dont j'avais maintes fois fait preuve
pour poursuivre
une aventure
au-delà du raisonnablement acceptable
j'ai repris mon chemin
j'ai réappris à pleurer juste pour moi
non pour deux
j'ai réappris à rire
et à chanter aussi
à lire
à espérer
à arpenter
j'ai remodelé ma déstructuration passée
j'ai repris les rênes de ma vie